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Ce que l’Iran, la Russie, la Chine et les géants de la Silicon Valley ont en commun

Plusieurs puissances cherchent ou contrôlent déjà internet. Quant aux géants américains, ils n’hésitent pas à censurer pour “empêcher la propagation de la haine.”

Le gouvernement russe entend construire un Internet qu’il peut contrôler comme un outil de légitime défense (au cas où l’Occident déciderait de couper l’accès au web de la nation), le régime iranien censure et déclare qu’il protège la culture de la nation, le gouvernement chinois entend garantir la sécurité nationale, et les censeurs aux États-Unis disent qu’ils empêchent la propagation de la haine. Mais derrière ces raisons, une même ambition, contrôler le web. Si les raisons semblent différentes, quel peut être le point commun entre ces approches, entre des Etats et les géants du Web ? 

Frédéric Mouffle : La Russie a renforcé ses lois sur les problématiques liées aux réseaux sociaux. En 2014 en renforçant la responsabilité des utilisateurs L’Iran a la même volonté de pouvoir construire un internet local vierge de tout contenu considérés comme illicite ou contraire au pouvoir en place. La Chine a fait un peu la même chose que les Russes en rendant responsable pénalement les Chinois qui s’expriment sur les réseaux sociaux elle veut conserver un certain contrôle. Ils ont aussi interdit les VPN en septembre 2017 et il y a déjà eu des condamnations.

Tous ces pays renforcent leur contrôle d’internet parfois sur des axes différents mais les résultats sont similaires. C’est un modèle différent de notre vision de l’internet et de l’internet tel que pensé par les américains.

Il ya  un point commun entre ces Etats et les géants du web. Les deux ont pour but d’avoir une forme de contrôle sur ce qu’il se passe sur internet et les deux ont pour objectif la captation globale de données. Les entreprises veulent monétiser et faire du commerce avec la collecte de données et les Etats eux vont à la pêche au renseignement, veulent contrôler un maximum les données pour pouvoir agir  en fonction de ce qu’ils vont appeler eux un problème.  Que la captation se fasse à but commercial ou de contrôle au final cela se rejoint et les acteurs peuvent collaborer car les Etats vont chercher à savoir quelles données ces entreprises ont sur leurs citoyens. Entre ces entreprises et ces Etats il y a des buts communs et c’est pour cela qu’ils s’entendent malgré les différends interétatiques qu’il peut y avoir. Il y a toujours moyen de s’entendre à travers le business.

Comment expliquer que les institutions semblent découvrir le problème de la captation massive des données par ces entreprises ?  A-t-on sous-estimé l’ampleur du phénomène ?

Dans le cadre de Cambridge Analytica c’est plutôt un problème de non contrôle auquel on a affaire. Facebook à la base a délégué la vente de données à des tiers sans aucun contrôle et au mépris des lois en vigueur.  On peut s’interroger sur cette perte de contrôle de données et sur les conséquences que cela pourrait avoir si ces gens ne prennent pas soin des données des utilisateurs.

Ce qui est incroyable c’est que l’on fait mine de découvrir le problème de la captation de données à travers ce dernier scandale alors que cela fait plus de cinq ou six ans que des spécialistes alertent sur ces problématiques. On n’a pas voulu entendre leur message malgré les nombreuses alertes. On a pas sous-estimé la menace, on a juste pas voulu voir le problème. Il suffisait même de regarder la valorisation exponentielle de ces sociétés pour se rendre compte qu’il y avait un problème. C’est à la fois les Etats qui sont responsables mais aussi les utilisateurs. On accepte les conditions d’utilisation de services sans se donner la peine de les lire et sans se poser la question de la contrepartie.

Ce qu’il faut vraiment savoir c’est que les données personnelles données à un tiers ne disparaitront jamais. Si vous avez donné des informations quelconques à un tiers, elles resteront à jamais sur internet et seront toujours disponibles. Même si cessez d’utiliser internet, lorsque vous vous reconnecterez (et vous vous reconnecterez), il y aura toujours quelqu’un pour soutirer des informations personnelles pour les vendre.

Quelles seraient dès lors les réactions appropriées de la part des “démocraties libérales” face à ces pratiques ?

On commence déjà à lutter puisque ces questions sont relativement à l’ordre du jour à la Commission européenne. Maintenant si l’on veut être respecté et si l’on veut que cela marche, il va falloir légiférer rapidement et appliquer des sanctions avec rétroactivité. A partir de là ces géants nous respecteront peut-être plus et feront un business plus raisonnable dans nos pays. Les données sont trop précieuses pour les vendre à n’importe qui sans que les gens le sachent.

D’autant plus qu’en Europe par exemple nous avons la chance de bénéficier d’un écosystème qui pourrait théoriquement nous permettre de nous passer de ces entreprises. En Iran ils ont développé leur web local, leur plateforme Youtube locale… Et ces choses marchent. Il y a une possibilité de créer un autre écosystème qui permettrait de nous couper de ces géants du web.

 

Source : https://www.atlantico.fr/decryptage/3344516/ce-que-l-iran-la-russie-la-chine-et-les-geants-de-la-silicon-valley-ont-en-commun

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