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Le temps des arnaques

  • Photo du rédacteur: Frank PUGET
    Frank PUGET
  • 8 juil. 2022
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 juin

L'approche de la saison estivale est l'occasion attendue par beaucoup d'entre nous pour profiter d'un repos bien mérité. Chefs ou directeurs d'entreprise, responsables de service, de département, de bureau : nous prenons nos dispositions pour assurer la continuité des activités en notre absence et, le plus souvent, avec du personnel réduit ou intérimaire.


Cette période est aussi très attendue par les escrocs en tous genres, dont le talent est redoutable et facilité par la multiplication des moyens de communication et les capacités des logiciels de conception graphique.


Pourquoi l'été ? Parce que la fraude prospère sur une équation simple : des circuits de décision désorganisés, des interlocuteurs habituels absents, des remplaçants qui connaissent mal les procédures et hésitent à déranger un supérieur en congé. Le fraudeur, lui, ne prend pas de vacances : il étudie l'entreprise, repère les signatures, identifie qui paie quoi et attend le moment où la vigilance collective baisse. Ajoutez à cela la chaleur, la précipitation du départ et l'envie d'avoir « tout réglé avant de partir », et vous obtenez le terrain idéal pour une fraude au virement réussie.


Fraude

Le relâchement de l'après-Covid, une aubaine pour les escrocs


La période Covid étant passée par là, l'attention que nous portions, il y a deux ans encore, aux fraudes au président, aux fausses factures, aux fausses notes de frais, aux petits arrangements de rétrocommissions s'est estompée. C'est vrai, nous avions tous d'autres chats à fouetter, en premier lieu le maintien de nos activités. C'est donc maintenant que nous entrons dans une période de vulnérabilité que les escrocs, excellents professionnels de leur discipline, observent avec une délectation de fins gourmets.

Permettez-moi, sans jouer les Cassandres - je crois que nous en avons un excès de stock actuellement - de rappeler quelques techniques de fraude utilisées par les malandrins qui entendent profiter gratuitement de vos efforts :


  1. La fraude au président

Quelqu'un qui connaît bien l'entreprise pour l'avoir étudiée se fait passer pour un patron et presse la personne en charge des paiements de régler une facture en urgence, souvent immédiatement. Le ton va de l'empathie au paternalisme confidentiel, en passant par les menaces de licenciement, et provoque des paiements intempestifs.


  1. Les faux fournisseurs

Envoi de factures falsifiées de vrais fournisseurs, mais avec un autre compte, souvent accompagné ou précédé d'un appel pour indiquer un changement de banque, une opération urgente, etc.


  1. Les faux organismes d'affacturage

Les sociétés qui emploient ces services peuvent recevoir des appels et des courriers ou courriels indiquant un changement de banque ou de compte.


  1. Les demandes d'informations frauduleuses

Demande de coordonnées bancaires ou d'autres informations confidentielles, sous prétexte de vérification ou de remboursement (impôts, assurance, fournisseur…). Les coordonnées sont ensuite utilisées pour d'autres escroqueries.


  1. Déblocage de marchandise en douane

De très beaux sites de transitaires, voire de la Douane, vous demandent le règlement de droits de douane pour vos commandes. Souvent, les montants ne sont pas élevés, ce qui abaisse le seuil de vigilance.


  1. Hacking par lien ou pièce jointe infectés

Attention aux tentatives de phishing, ces e-mails frauduleux qui permettent d'aspirer des données, de s'introduire dans votre informatique, de la chiffrer pour demander des rançons. Les périodes de tension, de soldes ou de vacances sont particulièrement propices à ces opérations.


Le point commun de toutes ces escroqueries ? Trois ressorts, toujours les mêmes : l'urgence (qui empêche de réfléchir), l'autorité (un patron, une administration, un fournisseur connu) et la confidentialité (« surtout, n'en parlez à personne »). Dès que ces trois ingrédients apparaissent ensemble dans une demande de paiement, un voyant rouge doit s'allumer. Un dirigeant légitime ne reproche jamais à un collaborateur d'avoir pris le temps de vérifier.


Alors, avant de partir : quelques réflexes simples


  • Prenez le temps de faire ce rappel à vos collaborateurs et associés qui assurent l'intérim ou le service. Tout est connu, c'est certain, mais cela va toujours mieux en le disant.

  • Laissez un numéro d'urgence sur lequel un décideur autorisé peut être joint en cas de doute.

  • Limitez les plafonds de virement à signature unique, même temporairement.

  • Donnez des consignes écrites, claires donc simples, sans ambiguïté, en cas de doute. Par exemple : n'effectuer aucun règlement en urgence ET contacter le responsable de service.


À ces quatre réflexes, ajoutez-en un cinquième : instaurez la règle du double contrôle pour tout changement de coordonnées bancaires d'un fournisseur. Un appel de vérification sur le numéro connu de longue date - et non sur celui indiqué dans le courriel suspect - suffit à déjouer l'immense majorité des fraudes au faux fournisseur.


La vigilance ne s'arrête pas au bureau


Enfin, comme vous prenez la route, prenez garde à vos bons sentiments sur les aires de repos. Des escrocs, bien sous tous rapports en apparence et propres sur eux, vous abordent, souvent en anglais. Le prétexte est de vous demander si vous parlez cette langue. Ils vous disent qu'ils se sont fait voler leurs papiers et leur carte bancaire, puis vous demandent de les dépanner en argent liquide en échange d'un virement grâce à une banque en ligne. D'abord, vous leur dévoilez votre IBAN ; ensuite, ils disposent d'une interface très habilement faite qui vous indique que le virement s'est fait de manière positive sur votre compte.

Rassurez-vous : vous ne reverrez jamais votre argent, le transfert n'ayant jamais eu lieu. En prime, ils ont vos coordonnées bancaires et votre nom.

Merci aux gendarmes motocyclistes pour cette anecdote.

Enfin, comme vous prenez la route, prenez garde à vos bons sentiments sur les aires de repos. Des escrocs, bien sous tous rapports en apparence et propres sur eux, vous abordent, souvent en anglais. Le prétexte est de vous demander si vous parlez cette langue. Ils vous disent qu’ils se sont fait voler leur papiers et leurs carte bancaire. Puis, vous demandent de les dépanner en argent liquide en échange d’un virement grâce à une banque en ligne. D’abord, vous leur dévoilez votre IBAN et ensuite, ils disposent d’une interface très habilement faite qui vous indique que le virement s’est fait de manière positive sur votre compte.


Et si la fraude a déjà eu lieu ?

Personne n'est à l'abri, et la rapidité de réaction fait toute la différence. Si un virement frauduleux a été émis, contactez immédiatement votre banque pour tenter de le bloquer ou d'obtenir un rappel de fonds : les premières heures sont décisives. Déposez plainte sans tarder, conservez l'ensemble des éléments (courriels, factures, relevés) et, en cas de compromission informatique, faites intervenir des experts pour mesurer l'étendue réelle de l'intrusion. Signalez enfin la tentative aux plateformes officielles dédiées, qui contribuent à protéger d'autres victimes potentielles.

Le petit mot de la fin, je l'emprunte à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord :

« Il n'y a pas d'affaires urgentes. Il n'y a que des gens pressés ! »

Hâtez-vous lentement de partir en vacances. Prenez le temps de donner vos consignes et de désigner celle ou celui qui assurera la direction en votre absence. Cela n'évitera peut-être pas tout, mais limitera sérieusement les risques et leurs conséquences.

Et bonnes vacances !


Amicalement, l’équipe Kermeur.


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