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L'arnaque aux placements : une affaire de professionnels de haute volée, compétents et très bien organisés

  • Photo du rédacteur: Frank PUGET
    Frank PUGET
  • 29 juil.
  • 4 min de lecture
Arnaque aux placements

Il arrive souvent, lorsque l'on est en vacances, de songer à optimiser et à faire fructifier ses économies. Quels placements seraient avantageux, vaut-il mieux boursicoter ou miser sur les cryptomonnaies ? Et comme on a un peu de temps, on fouille un peu plus le Web et on finit par tomber sur des offres qui retiennent l'attention.


Je ne parle pas de ce que nos banques et nos assurances nous proposent en général. Les rendements sont modestes pour le client, mais globalement sécurisés.

Non, je parle d'offres dont les rendements semblent vraiment attractifs, de l'ordre de 8 à 10 % par mois pour certains. Le calcul est vite fait. Je place mes 100 000 € d'économies et en un an je double mon capital… en théorie, selon le prospectus.

La réalité est, hélas, moins riante et finit généralement en drame. Je vous propose d'étudier le mécanisme d'une arnaque aux placements sur des matières précieuses particulièrement bien élaboré. Il a généré près d'un milliard d'euros de recettes pour ses auteurs et conduit la majeure partie des investisseurs à la faillite personnelle ou à de graves difficultés financières.


Voyons d'abord l'aspect marketing de l'arnaque

Les fraudeurs ont construit un site et une plateforme d'investissements, tous deux remarquablement bien marketés. Clair, précis, pensé pour des utilisateurs qui ne sont pas des aficionados de l'Internet. Tout semble facile. Sur la plateforme, on vous propose même, avec les avertissements sur les risques des investissements, de vous créer un portefeuille virtuel et de vous entraîner avant d'investir.


Il faut aussi garder à l’esprit que le développement de l’intelligence artificielle permet de construire de fausses plateformes, plus vraies que nature, en peu de temps et avec beaucoup de réalisme.

La partie commerciale

Point intéressant entre tous, et contrairement à de très nombreuses plateformes, vous avez un numéro de téléphone joignable. Au bout, un conseiller parlant un français natif et très compétent sur les aspects financiers. Il (elle) a beaucoup d'empathie, sait être rassurant et très persuasif sans être contraignant. Rassuré et alléché par les gains annoncés et la perspective de doubler son capital en un an ou deux, le chaland investit.

Pour suivre son investissement, il dispose d'un « carnet d'investissement » sur une interface personnalisée (avec login, mot de passe et double authentification 2FA).


Quelque chose de sérieux, somme toute ! Sur cette interface, il peut voir ses investissements fluctuer à la hausse comme à la baisse (légèrement en retrait par rapport à la tendance haussière, mais cela fait partie du jeu pour crédibiliser l'affaire). Il est d'ailleurs régulièrement contacté par son (sa) conseiller(ère) qui le guide dans ses choix, lui indique confidentiellement des opérations encore plus rentables (pour cela, il faut bien entendu réinvestir encore plus).


Au bout de plusieurs mois, l'investisseur a virtuellement cumulé des gains conséquents, en proportion du montant initial de son investissement. Il (elle) envisage de récupérer une partie de ses gains. Il fait donc une demande sur l'interface. Dans la foulée, le conseiller rappelle. C'est dommage de retirer de l'argent maintenant, il y a une super opération qui arrive qui va rapporter… beaucoup. Il serait sage de différer le retrait, voire de réinvestir une nouvelle fois. Le côté persuasif du conseiller joue beaucoup et, souvent, l'investisseur succombe à l'appât du gain.


Quand finalement, gavé de bénéfices (virtuels) ou ayant un besoin de liquidités, l'investisseur confirme sa volonté de retirer ses bénéfices, le site fait face à de nombreux soucis techniques. Les serveurs ont lâché, il faut restaurer et cela va prendre du temps car il faut respecter les protocoles de sécurité. Il y a une grosse opération en cours et la plateforme, ayant lourdement investi pour ses actionnaires, doit attendre le closing pour renvoyer l'argent, etc.


En clair, c'est le vieux truc éculé de « demain on rase gratis ». Mais demain, c'est toujours demain. Et l'investisseur ne parvient toujours pas à retirer de l'argent. Cependant, on remarquera qu'il peut toujours en mettre, ce qu'un conseiller sans aucune vergogne et avec un immense culot ne manque pas de lui conseiller vivement, pour ne pas laisser passer une opportunité. Et, dans un cas sur deux ou trois, cela fonctionne.


Le pot au noir

En définitive, soit que l'investisseur soit repu de bénéfices virtuels, soit qu'il commence à avoir de sérieux doutes, il réclame fermement son argent. Mais curieusement, il n'y a plus de conseiller affable et disponible. Il faut communiquer par tickets et attendre des réponses lénifiantes. Au bout de quelques jours à quelques semaines, le doute a fait place à la crainte. Les investisseurs se cherchent entre eux et confrontent leurs situations respectives. Le scénario semble identique pour chacun. L'argent rentre sur la plateforme avec une facilité dérisoire, mais il n'y a pas de sortie.


Les investisseurs constituent une association, commencent des investigations, puis des procédures judiciaires. Il est déjà trop tard. L'argent s'est dilué dans une nuée de sociétés écrans et les instigateurs de la fraude ne sont parfois même pas identifiés. Lorsque par hasard un ou deux noms ressortent, ils sont citoyens de pays très exotiques ou de pays qui protègent mordicus leurs ressortissants.

Le traitement de ce type d'affaire prend de nombreuses années, coûte des sommes astronomiques en honoraires d'avocats et, le plus souvent, n'aboutit pas. Ou bien, s'il aboutit, seule une très faible proportion des fonds est récupérée.


En conclusion, il faudra se rappeler que Noël est en décembre et que le Père Noël est une légende. Les rendements de 8 ou 10 % mensuels (de 96 % à 120 % par an…) sont un mythe, ou excessivement rares, surtout pour des investisseurs privés aux moyens modestes.


Avant de confier ses économies à n'importe qui, a fortiori un inconnu, il faut vérifier si la société existe vraiment (elle peut parfois avoir usurpé l'identité d'une société en sommeil ou radiée). Consultez Pappers, Infogreffe, Societe.com et d'autres bases encore. Vérifiez que la société existe et soit active. Pensez également à consulter la liste noire des sites et acteurs non autorisés publiée par l'AMF (Autorité des marchés financiers), qui recense les plateformes signalées pour offre illégale de placements.


Sur le site, s'il y a un ou des numéros de téléphone, appelez et faites écouter la conversation par un tiers. Si la chose est trop belle, abstenez-vous : au pire vous conserverez votre argent, au mieux vous trouverez un placement plus conforme à la réalité. Il n'en manque pas.


N’hésitez pas à nous contacter pour toute demande complémentaire ou pour l’établissement d’un devis.


Pour aller plus loin : découvrez notre page cybersécurité, notre offre de sûreté électronique et nos services d'intelligence économique.

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