Compétitivité des entreprises françaises : pourquoi l'intelligence économique est devenue un levier stratégique
- Frank PUGET.

- 20 avr.
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

À chaque crise, la France récite la même litanie. Les prix montent, les tensions internationales s’aggravent, les coûts explosent, et aussitôt la même solution revient : l’aide publique. Une subvention de plus. Un chèque de plus. Une compensation de plus. Comme si un pays pouvait durablement vivre de rustines budgétaires.
La crise au Moyen-Orient et ses conséquences sur l’énergie ont au moins un mérite : elles mettent brutalement fin aux faux-semblants. Elles rappellent que notre économie est fragile, que notre souveraineté est incomplète, et que notre État n’a plus les moyens de jouer éternellement les assureurs de dernier ressort. Car enfin, cet argent public que tout le monde réclame, où est-il ? Il n’existe plus. Ou plutôt, il n’existe qu’à crédit, au prix d’un endettement toujours plus lourd et d’une pression fiscale déjà étouffante.
Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Dans le réflexe devenu national qui consiste à attendre de l’État qu’il compense tout. Une difficulté ? Une aide. Une hausse des coûts ? Une aide. Une baisse d’activité ? Une aide. À ce rythme, nous ne corrigeons plus les faiblesses du système : nous les entretenons.
La France s’est enfermée dans une impasse. Elle taxe beaucoup, redistribue beaucoup, réglemente beaucoup, administre beaucoup. Et au bout du compte, elle produit trop peu. Voilà le cœur du problème. Nous avons fini par confondre solidarité et perfusion, protection et dépendance, puissance publique et intrusion permanente.
Une économie ne tient pas debout parce qu’elle distribue. Elle tient debout parce qu’elle crée de la richesse. C’est là que le mot décisif revient : compétitivité. Non pas la compétitivité comme slogan creux de colloque technocratique, mais la vraie : celle qui permet à une entreprise de vivre de son activité, de payer correctement ses salariés, d’investir, d’innover et de se développer sans tendre la main à l’État à chaque secousse.
Or que fait la France depuis des décennies ? Elle décourage précisément cette capacité. Par l’impôt, d’abord. Par la complexité, surtout. Par l’inflation des normes, enfin. Notre pays semble incapable de résister à la tentation de tout encadrer, de tout compliquer, de tout ralentir. Il légifère sans relâche, réglemente sans mesure, surtranspose avec zèle, et s’étonne ensuite que ses entreprises peinent à respirer.
Le mal français est là : nous avons bâti un système qui se nourrit de sa propre lourdeur. Plus il y a de règles, plus il faut d’agents pour les produire, les appliquer, les contrôler, les corriger. Plus il y a d’aides, plus il faut d’administrations pour les gérer. Plus il y a de prélèvements, plus il faut de structures pour les répartir. C’est un cercle vicieux. Une machine qui enfle sur elle-même. Une bureaucratie qui prospère pendant que la production s’essouffle.
Et pendant ce temps, ceux qui créent réellement la richesse - entrepreneurs, artisans, industriels, indépendants, salariés du secteur productif - avancent avec un boulet au pied. Ils supportent la fiscalité, les délais, les formulaires, les incohérences, les surcoûts. Ils financent un système qui les entrave, puis on leur propose, en guise de consolation, une aide publique prélevée sur ce qu’on leur a déjà pris.
Cette comédie a assez duré.
Il faut sortir de l’illusion redistributive. Non pour abolir toute solidarité, ce qui serait absurde, mais pour remettre les choses à l’endroit. La solidarité doit rester un devoir national. Elle ne peut pas devenir le principe organisateur de toute l’économie. Un pays prospère ne redistribue bien que s’il produit d’abord beaucoup. Et il ne produit beaucoup que s’il laisse travailler, investir et entreprendre dans un cadre lisible, stable et supportable.
Cela suppose un choc de simplification. Un vrai. Moins de normes. Moins de formulaires. Moins de fiscalité illisible. Moins de surtransposition. Moins de dispersion administrative. Il faudra aussi avoir le courage de revoir l’organisation politique et territoriale, dont la prolifération a un coût financier mais aussi un coût normatif : trop de niveaux, trop de centres de décision, trop d’élus, trop de textes.
La France ne retrouvera pas son souffle en distribuant davantage ce qu’elle ne produit déjà plus assez. Elle le retrouvera en cessant d’écraser sous son propre poids ceux qui tiennent encore l’économie debout.
Le choix est désormais limpide. Continuer à subventionner l’affaiblissement. Ou libérer enfin la production.
Il n’y aura pas de redressement sans rupture. Et il n’y aura pas de rupture sans une vérité simple, qu’une partie de notre classe dirigeante refuse encore d’entendre : la compétitivité n’est pas un gros mot. C’est la condition de la survie française.

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